La valve mitrale joue un rôle essentiel dans la circulation du sang entre l’oreillette et le ventricule gauches. Bien plus qu’une simple membrane, elle forme un ensemble mécanique complexe composé d’un anneau solide, de deux feuillets, de cordages et de piliers musculaires.

À chaque battement du cœur, ces éléments fonctionnent en harmonie afin d’assurer une fermeture étanche et d’empêcher le sang de retourner en arrière.

On peut comparer cet ensemble à un voilier : l’anneau représente le mât, les feuillets agissent comme la voile et les cordages, fixés aux piliers musculaires, maintiennent l’ensemble bien tendu et stable.

On peut retenir qu’un bon fonctionnement de la valve mitrale dépend de l’intégrité de toutes ses composantes. Si l’une d’entre elles est altérée, l’équilibre de l’ensemble est compromis.

Cette coordination permet normalement à la valve de se refermer efficacement lorsque le ventricule gauche se contracte sous une pression importante.

Lorsque l’une des structures de l’appareil mitral cesse de fonctionner correctement, la fermeture devient incomplète. Une ouverture persiste alors entre les feuillets, laissant le sang refluer vers l’oreillette gauche : on parle d’insuffisance mitrale.

Cette fuite oblige le cœur à fournir un effort supplémentaire, puisqu’une partie du sang circule inutilement à contre-sens.

À lire : La valve mitrale

Cette fuite peut apparaître de deux façons :

  • de manière aiguë, lorsqu’elle survient soudainement,
  • ou dans une forme chronique, lorsqu’elle s’installe et progresse lentement dans le temps.

 

Ce texte porte sur la forme aiguë, aujourd’hui moins fréquente.

Insuffisance mitrale aiguë

L’insuffisance mitrale aiguë apparaît lorsqu’une composante de l’appareil mitral est soudainement endommagée. Il peut s’agir :

  • d’un pilier musculaire qui se rompt;
  • d’un ou de plusieurs cordages qui cèdent;
  • d’un feuillet qui se déchire ou se perfore.

-La rupture d’un pilier musculaire

Elle peut survenir à la suite d’un infarctus qui touche cette partie du cœur. Le manque d’oxygène entraîne la mort d’une partie du muscle.

Dans les jours qui suivent, le processus naturel de réparation élimine progressivement les cellules mortes, ce qui fragilise temporairement la région. Le pilier musculaire peut alors céder.

- La rupture d’un cordage

Certaines maladies de la valve mitrale, dites « myxomateuses », modifient progressivement la structure de ses tissus et les rendent plus fragiles.

Les cordages peuvent alors perdre de leur résistance et l’un d’eux peut céder sous la tension exercée lorsque le ventricule gauche se contracte.

-Le bris d’un feuillet

Une infection de la valve, appelée endocardite infectieuse, peut détruire une partie d’un feuillet et y créer une perforation. La valve ne peut alors plus se fermer de façon étanche.

Une pression importante sur la valve mitrale

Lorsque le ventricule gauche se contracte, la pression augmente rapidement à l’intérieur de celui-ci. Le sang est alors poussé vers le haut.

Cette pression contribue à fermer la valve mitrale. Les rebords des deux feuillets viennent s’accoler, tandis que les cordages les retiennent et les empêchent de se replier vers l’oreillette gauche.

La valve mitrale forme ainsi une barrière étanche. Le sang ne peut pas retourner en arrière vers l’oreillette gauche et doit poursuivre son chemin vers l’aorte.

La pression exercée sur la valve mitrale est importante à chaque contraction du cœur. Elle peut l’être encore davantage en présence d’hypertension artérielle. On peut imaginer la tension exercée sur l’ensemble de l’appareil mitral lorsque la pression artérielle dépasse 200 mm Hg!

Une fuite qui apparaît soudainement

Dans l’insuffisance mitrale aiguë, cette barrière devient soudainement défaillante. Une quantité importante de sang retourne alors sous forte pression vers l’oreillette gauche à chaque contraction.

Contrairement à la forme chronique, le cœur n’a pas eu le temps de s’adapter à cette nouvelle situation. L’oreillette gauche, qui reçoit brusquement ce volume supplémentaire de sang, ne peut pas l’accueillir facilement.

La pression augmente rapidement dans l’oreillette gauche et se transmet vers les poumons. Du liquide peut alors s’accumuler dans les poumons et provoquer un essoufflement soudain et parfois très important.

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L’image de l’embâcle

Prenons l’exemple d’un embâcle qui se forme dans une rivière. Derrière celui-ci, l’eau monte. La rivière finit par sortir de son lit et inonde les terrains avoisinants.

Un phénomène semblable se produit lorsque la valve mitrale perd soudainement son étanchéité. Une partie du sang éjecté par le ventricule gauche retourne sous forte pression dans l’oreillette gauche. Celle-ci reçoit brusquement un volume de sang supplémentaire qu’elle n’a pas la capacité d’accueillir.

Dans cette cavité peu accommodante, l’augmentation soudaine du volume fait rapidement monter la pression.

Cette pression se transmet aux veines pulmonaires, qui ramènent le sang des poumons vers l’oreillette gauche, puis aux petits vaisseaux des poumons, appelés capillaires.

Cette pression se transmet aux veines pulmonaires, qui ramènent le sang des poumons vers l’oreillette gauche, puis aux petits vaisseaux des poumons, appelés capillaires.

Comme la rivière qui déborde sur les terrains avoisinants, du liquide s’échappe alors des capillaires et envahit progressivement les tissus pulmonaires, puis les alvéoles.

Ces petites poches d’air se remplissent de liquide, ce qui perturbe le passage de l’oxygène vers le sang. La respiration devient alors rapidement difficile.

C’est ce que l’on appelle un œdème pulmonaire aigu, communément décrit comme de « l’eau sur les poumons ».

Il s’agit d’une urgence médicale : appeler le 911.

Une prise en charge immédiate

La présentation d’une telle situation est généralement assez éloquente. Les soins les plus urgents sont entrepris dès l’arrivée à l’urgence.

La priorité est de soulager rapidement le patient et de diminuer les efforts nécessaires pour respirer. Ces efforts peuvent être considérables et entraîner progressivement une fatigue importante.

De l’oxygène peut être administré, parfois simplement à l’aide d’un masque. Si la difficulté respiratoire est plus sévère ou si le patient s’épuise, une assistance mécanique peut être nécessaire pour faciliter la respiration et améliorer l’oxygénation du sang.

Des diurétiques sont généralement administrés par voie intraveineuse afin d’aider à éliminer l’excès de liquide et à diminuer la congestion dans les poumons.

Si la pression artérielle devient trop basse, des médicaments administrés par voie intraveineuse peuvent être nécessaires pour la soutenir. Dans les situations les plus sévères, un dispositif mécanique installé à l’aide d’un cathéter peut parfois être utilisé temporairement pour soutenir la circulation.

Pendant que ces soins sont prodigués, des examens sont rapidement effectués afin de confirmer le diagnostic, d’en déterminer la cause et d’orienter la suite du traitement.

À la recherche du diagnostic

En plus des analyses sanguines, deux examens occupent une place importante :

  • l’électrocardiogramme (ECG), qui permet notamment de rechercher des signes d’infarctus ou un trouble du rythme;
  • l’échographie cardiaque, l’examen clé pour visualiser la fuite mitrale, en évaluer l’importance et identifier la structure de la valve qui est en cause.

Le choix de l’intervention

Une fois l’ensemble de ces informations recueillies, l’équipe médicale peut déterminer la meilleure façon de corriger la fuite mitrale.

Le choix de l’intervention dépend de plusieurs éléments, notamment de l’état général du patient, de l’état de ses artères coronaires ainsi que de la nature et de l’importance des dommages à l’appareil mitral.

Deux principales options peuvent alors être envisagées : remplacer la valve mitrale ou la réparer.

  • Le remplacement de la valve mitrale

 

Lorsque les dommages sont trop importants ou ne permettent pas une réparation fiable, la valve mitrale est remplacée par une prothèse mécanique ou biologique.

Une valve mécanique est très durable, mais nécessite un traitement anticoagulant à vie. Une valve biologique ne nécessite généralement pas une anticoagulation à vie uniquement en raison de la valve, mais elle peut s’user avec le temps.

À lire : Le remplacement valvulaire mitral

  • La plastie mitrale

 

Lorsque les dommages peuvent être réparés, il est parfois possible de conserver la valve naturelle. La plastie mitrale vise alors à rétablir la mécanique qui permet aux deux feuillets de se refermer de façon étanche.

Selon la structure touchée, l’intervention peut notamment permettre de réparer un feuillet ou de remplacer des cordages endommagés.

Lorsqu’elle est réalisable, cette approche permet de préserver la valve naturelle et d’éviter les contraintes liées à une prothèse valvulaire.

À lire : La plastie mitrale

 

Dans certains centres et chez des patients sélectionnés, la plastie mitrale peut également être réalisée par une approche chirurgicale mini-invasive.

Plutôt que d’ouvrir le thorax par le sternum, le chirurgien accède à la valve mitrale par une ouverture plus petite pratiquée sur le côté du thorax. L’objectif demeure le même : réparer la valve et lui redonner son étanchéité.

Cette approche n’est toutefois pas adaptée à toutes les situations. Le choix dépend notamment de l’état du patient, de l’état des artères coronaires et de la nature des réparations nécessaires sur la valve.

À lire : La plastie mitrale mini-invasive

À retenir

L’insuffisance mitrale aiguë est une situation sérieuse qui survient lorsqu’une composante de l’appareil mitral est soudainement endommagée. Le cœur n’ayant pas eu le temps de s’adapter à cette fuite importante, les conséquences peuvent être rapides, particulièrement au niveau des poumons.

Une prise en charge immédiate permet de soutenir le cœur et la respiration, pendant que la cause est identifiée. La correction de la valve, par remplacement ou par réparation lorsque celle-ci est possible, permet ensuite de rétablir une circulation plus efficace.