Nécrose de la graisse épi-péricardique

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La nécrose de la graisse épi-péricardique est une maladie bénigne et peu fréquente qui se manifeste par une douleur thoracique. Malgré une présentation parfois impressionnante, son évolution est généralement favorable.

Dans ce contexte, le terme « nécrose » désigne une atteinte localisée d’un très petit volume de tissu graisseux, sans conséquence sur le fonctionnement du cœur lui-même.

Décrite pour la première fois en 1957, elle demeure encore aujourd’hui souvent méconnue et non reconnue immédiatement, car ses symptômes ressemblent à ceux d’autres maladies plus graves.

La mise en évidence de cette pathologie nécessite une imagerie médicale, soit une tomodensitométrie (CT scan) thoracique ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) cardiaque. Ces examens sont réalisés avant tout pour s’assurer qu’il n’existe aucune autre maladie sous-jacente plus grave pouvant expliquer la douleur.

Le cœur

Pour bien se situer, il est utile de faire un bref rappel d’anatomie.

Le cœur est une pompe musculaire située à l’intérieur d’une enveloppe que l’on nomme le péricarde. Sur cette enveloppe, principalement dans sa portion antérieure et vers son extrémité inférieure, se trouve un petit amoncellement de tissu graisseux appelé graisse épi-péricardique. Cette graisse relie le péricarde à la paroi thoracique antérieure.

Cette zone graisseuse est habituellement plus abondante chez les personnes vivant avec l’obésité, ce qui pourrait en partie expliquer pourquoi cette condition y est observée plus fréquemment.

La cause

À l’heure actuelle, la cause précise de cette nécrose demeure inconnue. Elle touche autant les femmes que les hommes.
L’obésité est considérée comme un facteur de risque possible, mais aucune relation directe n’a encore pu être clairement démontrée.

Parmi les hypothèses évoquées figurent la torsion du pédicule vasculaire alimentant cette graisse ou encore une hémorragie spontanée à l’intérieur du tissu graisseux. Ces mécanismes demeurent toutefois difficiles à confirmer, en raison de la rareté de la maladie.

On estime que la nécrose d’une petite portion de cet amas graisseux représenterait environ 2,5 % des douleurs thoraciques chez les personnes consultant à la salle d’urgence.

Il est important de préciser que cette condition n’est pas liée à une obstruction des artères coronaires.

Sa présentation

La condition se manifeste par une douleur thoracique parfois intense, pouvant être comparable à celle ressentie lors d’une crise cardiaque. Cette douleur demeure généralement inchangée lors de respirations profondes.

Une gêne respiratoire peut s’y associer, de même que des nausées ou des vomissements.
La douleur peut être intermittente et, dans certains cas, persister pendant plusieurs semaines, voire quelques mois, avant de disparaître complètement.

Dilemme quant au diagnostic

Les symptômes peuvent être facilement confondus avec ceux d’autres maladies potentiellement graves, notamment :

  • l’infarctus du myocarde ;
  • l’embolie pulmonaire ;
  • la dissection aortique.

 

Cette similitude explique pourquoi une démarche diagnostique complète est souvent nécessaire, même lorsque l’évolution s’avère bénigne.

Les examens utilisés pour poser le diagnostic

Devant une douleur thoracique, plusieurs examens complémentaires sont nécessaires afin d’écarter des causes plus graves et, éventuellement, de reconnaître la nécrose de la graisse épi-péricardique.

Chacun de ces tests apporte une information différente et contribue à orienter le diagnostic.

1- Prélèvements sanguins

Les analyses sanguines démontrent habituellement l’absence de souffrance du muscle cardiaque. Les troponines, de petites protéines libérées dans le sang lorsqu’il y a une atteinte du muscle cardiaque, demeurent normales.

Il peut toutefois être observé une légère élévation de certains marqueurs inflammatoires, traduisant un processus inflammatoire localisé.

2- L’électrocardiogramme

L’électrocardiogramme est le plus souvent normal. On n’y retrouve pas de signes compatibles avec un infarctus, qu’il s’agisse d’un STEMI ou d’un NSTEMI.

3- La radiographie des poumons

La radiographie pulmonaire est généralement normale. Dans certains cas, une petite accumulation de liquide peut être observée dans l’enveloppe du poumon gauche, sans conséquence clinique majeure.

4- La tomodensitométrie (CT scan)

Chez une personne consultant pour une douleur thoracique accompagnée de marqueurs inflammatoires, le professionnel de la santé doit souvent éliminer la possibilité d’une embolie pulmonaire, notamment lorsque les D-dimères sont élevés.

La tomodensitométrie thoracique permet d’exclure cette hypothèse et, dans le même temps, de poser le diagnostic de nécrose de la graisse épi-péricardique.

On décrit classiquement une triade clinico-radiologique associée à cette condition :

  • douleur thoracique ;
  • lésion encapsulée au sein de la graisse épi-péricardique (indiquée sur l’image ici) ;
  • épaississement localisé du péricarde.

Le traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique ciblant directement cette affection.
La prise en charge repose principalement sur le soulagement de la douleur. Selon son intensité, un anti-inflammatoire peut être prescrit, généralement pour une durée de 10 à 14 jours.

Et la suite des choses

L’évolution est bénigne et la guérison est la règle. Les récidives sont rares.

Il est parfois suggéré d’obtenir un contrôle par imagerie dans les deux à trois mois suivant le diagnostic, afin de confirmer la résolution complète des anomalies observées initialement.

Quand revoir un professionnel de la santé

Une réévaluation est indiquée si la douleur persiste, s’intensifie ou si de nouveaux symptômes apparaissent. Un doute diagnostique initial justifie également un suivi médical.

En conclusion

La nécrose de la graisse épi-péricardique est une condition bénigne, peu fréquente et souvent sous-diagnostiquée, en raison du recours nécessaire à l’imagerie pour en faire le diagnostic, laquelle n’est pas réalisée de façon systématique.

Selon l’intensité des symptômes, le traitement repose sur l’utilisation temporaire d’un anti-inflammatoire, avec une évolution habituellement favorable et sans séquelles.

Malgré une douleur parfois impressionnante, la cause est bénigne, le traitement simple et le pronostic excellent.