Changer pour survivre – Patient-Partenaire

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Peut-on réellement changer ses habitudes de vie après des années de tabagisme, de sédentarité et d’excès? Donald raconte le déclic qui, après une chirurgie cardiaque, a profondément changé sa façon de vivre.

Saines habitudes de vie — Point de vue d’un Patient-Partenaire;

« Il y a de ces moments où il faut s’arrêter et se poser les vraies questions. Seul, se regarder dans le miroir, sans orgueil et en toute honnêteté devant celui qui nous regarde. »

Je me croyais invincible

Je m’appelle Donald. Né dans les années 1950, je suis ce que l’on appelle au Québec un baby-boomer.

J’ai fait mon cours classique avant d’entrer à l’université, où j’ai étudié le droit. J’ai ensuite poursuivi ma formation en droit criminel à Harvard. À l’époque, cette université représentait pour moi un monde à part. Elle demeure prestigieuse aujourd’hui, bien sûr, mais plusieurs autres grandes universités occupent maintenant le paysage.

C’étaient surtout les années où nous, les jeunes de l’époque, nous nous croyions invincibles. Nous vivions dans le moment présent. Le mot « immortel » aurait presque pu être notre leitmotiv.

Une fois engagé dans un important cabinet d’avocats aux États-Unis, j’ai commencé à bâtir ma carrière à la dure. On ne comptait pas les heures passées au bureau. Les dossiers étaient exigeants, les contacts nombreux et la compétition entre nous constituait une source constante de stimulation.

Je me suis marié avec ma copine rencontrée à Boston. J’ai toujours dit que c’est elle qui avait eu nos trois merveilleux enfants. Sans elle, je n’aurais probablement jamais pu mener la carrière que j’ai eue.

« L’homme de fer »

On m’appelait l’homme de fer. Je mesurais 6 pieds 2 pouces et pesais environ 230 livres au début de ma carrière. Je n’étais pas vraiment du genre athlète, mais je ne portais pas beaucoup de gras.

À cette époque, nous fumions presque tous. J’ai commencé par un paquet de cigarettes par jour, puis deux, pour finalement dépasser les trois paquets.

Mon alimentation n’était guère meilleure. Je mangeais essentiellement un seul repas par jour, le soir. J’avais un faible pour les bons fromages accompagnés de bons vins rouges, sans compter les verres de scotch et ma dent plutôt sucrée.

Les affaires m’amenaient souvent au restaurant, dans les hôtels et les aéroports. Une vie de fou, me direz-vous. Mais lorsqu’on est plongé dedans, le courant nous entraîne sans même que l’on s’en rende compte.

Vous aurez compris que l’exercice physique avait complètement cédé sa place à l’exercice mental : suivre le rythme, prendre les décisions, régler les problèmes et résister au stress continuel.

Les années ont passé. Mon poids a progressivement atteint 270 livres, avec une bonne bedaine en prime.

Je crois que vous commencez à voir le portrait.

Les trois mousquetaires

Mon histoire commence véritablement ici.

Une fois par année, je retrouvais mes deux amis de toujours. Vous auriez pu nous appeler « les trois mousquetaires ». L’un était un politicien québécois maintenant à la retraite et l’autre, un cardiologue de Montréal.

Il y a quelques années, à la fin d’une fin de semaine au Mont-Tremblant, nous attendions un taxi lorsque j’ai mentionné au « doc » du groupe que je ressentais parfois une douleur à la poitrine. Elle traversait vers le dos et descendait dans mon bras gauche.

J’avais associé ce malaise aux oignons du hot-dog que j’avais mangé avant cet épisode…

Lui n’était manifestement pas du même avis.

Il voulait que je me rende à son hôpital dès le lundi. Mais je devais absolument partir pour une rencontre à Boston. Vous voyez, même à ce moment-là, le travail passait encore en premier.

En moins de deux, j’avais toutefois le nom d’un cardiologue là-bas et un rendez-vous dans l’après-midi, après mon meeting.

Tout s’est accéléré

À partir de là, les événements se sont enchaînés rapidement.

Possiblement déjà prévenu par mon ami de Montréal, son collègue de Boston était particulièrement inquiet. Dès le lendemain, je passais une angiographie des artères coronaires, une coronarographie.

Puis un chirurgien est venu me rencontrer.

Mes artères étaient très malades. Les rétrécissements étaient suffisamment importants pour nécessiter une chirurgie de pontage rapidement.

Deux jours plus tard, je me retrouvais aux soins intensifs, encore dans les vapeurs après plusieurs heures de chirurgie.

Cinq pontages.

Et je suis retourné travailler

Je me suis relevé de cette épreuve comme j’avais toujours affronté les défis : en fonçant.

On m’avait suggéré de prendre au moins deux mois de congé. Un mois plus tard, j’étais de retour au bureau, replongé dans ma routine et tout ce qui venait avec.

Mais mon cœur, lui, n’a pas suivi.

Les douleurs à la poitrine sont revenues. Vous savez, lorsqu’il vous arrive quelque chose une première fois, vous reconnaissez rapidement le symptôme lorsqu’il revient.

J’ai donc consulté de nouveau.

Une nouvelle coronarographie était nécessaire, cette fois pour vérifier mes pontages.

Je vous ferai grâce de tous les détails techniques. Dans les faits, mes artères ressemblaient à des chemins de terre. Elles étaient malades et chargées de plaques d’athérosclérose. Certaines étaient également très petites.

Un peu plus de deux mois après ma chirurgie, deux de mes pontages étaient déjà bouchés.

Les médecins ont tenté de les débloquer à l’aide de petits ballons, mais sans succès.

Coronarographie

Devant le mur

Et voilà qu’à 68 ans, on vous annonce que nous sommes devant un mur.

« Nous sommes »…

Ils sont gentils, les docteurs!

En réalité, c’était moi qui étais devant le mur.

Et que fait-on lorsqu’on se retrouve au pied de la muraille de Chine?

Ce n’est pas facile pour un type comme moi, habitué à être au-dessus de ses affaires, farouchement indépendant et financièrement très à l’aise, de s’asseoir devant quelqu’un et de lui demander conseil.

Certains diront peut-être que j’avais couru après.

Je ne suis pas un imbécile. Je pouvais me regarder dans le miroir. J’avais des cigarettes partout et je ne voyais pratiquement plus mon bureau tellement les dossiers s’y accumulaient.

Puis, une nuit, j’ai décidé de réserver un billet d’avion pour aller « jaser à mon vieux pote… le doc ».

La conversation qui a tout changé

Je me suis assis avec lui à son chalet.

Oui, j’ai pris un scotch.

Et j’ai allumé quelques cigarettes.

Je n’en étais plus à une près…

Jamais il ne m’a dit que j’étais responsable de tout ce bordel. Je lui ai simplement dit que je n’étais pas prêt à partir.

Il m’a répondu clairement que le prix à payer serait élevé si je voulais mettre toutes les chances de mon côté.

Mais ce n’est probablement pas cela qui m’a le plus marqué.

Pendant toutes ces années consacrées à ma carrière, je n’avais pas vraiment vu grandir mes enfants. Et voilà qu’à ce moment de ma vie, j’avais deux incroyables petites-filles.

Papy voulait les voir grandir.

C’est là que quelque chose a changé.

« Il y a de ces moments où il faut s’arrêter et se poser les vraies questions. Seul, se regarder dans le miroir, sans orgueil et en toute honnêteté devant celui qui nous regarde. »

J’ai versé quelques larmes.

Mon ami m’a accompagné!

Mais il ne faut pas le dire.

Le plan d’attaque

Nous avons établi un plan d’attaque.

Jusque-là, je prenais quelques comprimés pour l’hypertension artérielle sans vraiment surveiller ma pression. Dorénavant, j’aurais des objectifs précis à atteindre.

Après ma chirurgie cardiaque, j’avais également reçu une médication pour diminuer mon cholestérol. Mon équipe médicale m’avait fixé une cible pour mon mauvais cholestérol, le LDL.

Le suivi médical allait évidemment me guider. Mais j’avais compris une chose : de mon côté, j’aurais une énorme responsabilité dans ma propre prise en charge.

Il fallait maintenant agir.

Ma dernière cigarette

J’ai commencé par écraser ma dernière cigarette.

Je m’y suis attaqué sans béquille, sans aide particulière : cold turkey, comme on dit.

Je n’ai jamais refumé depuis.

Je ne vous cacherai pas qu’elles ont encore toutes l’air bonnes pour moi. Mais aujourd’hui, je sais le mal qu’elles peuvent faire à mes artères. À mes yeux, une cigarette représente maintenant la mort en soi.

Cette fois, le choix était fait.

Réapprendre à manger

Puis il y a eu l’alimentation.

J’ai dû commencer par m’habituer à manger trois repas par jour. Avec l’aide d’une diététiste, nous avons choisi de nous orienter vers une alimentation de type méditerranéen, dont les bienfaits cardiovasculaires sont bien documentés.

La charmante diététiste m’a donné une image toute simple que je n’ai jamais oubliée. Lorsque je me demandais si mon assiette allait dans la bonne direction, elle me disait de regarder s’il y avait de la couleur dedans.

Des légumes, des fruits, des aliments variés.

Pour moi, c’était beaucoup plus facile à retenir qu’un long discours sur la nutrition.

J’ai aussi compris progressivement que la maladie de mes artères ne pouvait pas être attribuée à une seule cause. Le tabac, mon alimentation, mon poids, ma tension artérielle, mon cholestérol, mon manque d’activité physique et probablement aussi une part de ce que mes gènes m’avaient transmis faisaient tous partie de l’équation.

Je ne pouvais évidemment pas modifier mes gènes.

Mais je pouvais agir sur beaucoup d’autres choses.

Et il y avait là matière à réflexion.

Remettre le corps en mouvement

Vous imaginez le changement de cap.

Mais cela ne s’arrêtait pas là.

L’exercice faisait maintenant partie de ma nouvelle « prescription », cette fois sans pilules.

J’ai commencé simplement par marcher. Le plus important a été de réserver une période dans mon agenda. Pour quelqu’un comme moi, si ce n’était pas inscrit à l’horaire, il y avait toujours un dossier plus urgent.

Avec le temps, j’ai ajouté le vélo stationnaire, d’abord trois fois, puis quatre fois par semaine.

Petit à petit, une nouvelle routine s’est installée.

Faire le bilan

Lorsque l’on fait des placements financiers, on regarde périodiquement les résultats.

J’ai fait la même chose avec ma santé.

Après un an, j’avais perdu environ 60 livres. Je me sentais mieux et, surtout, j’étais stimulé par l’avenir. Mon LDL-cholestérol avait été mesuré à 1,6 mmol/L.

J’ai aussi pris ma retraite du cabinet. Je continue à travailler quelques heures par semaine comme consultant. Je ne pouvais tout de même pas tout abandonner en même temps!

Et le scotch?

Je m’accorde maintenant un verre lors des occasions vraiment spéciales.

Quant aux douleurs à la poitrine, je n’ose pas trop en parler, superstition oblige.

Mais vous pouvez lire entre les lignes : je me sens très bien.

Presque cinq ans plus tard

Aujourd’hui, près de cinq ans après tous ces événements, mon LDL-cholestérol se situe autour de 1,3 mmol/L.

Mon poids est revenu à environ 90 kg, beaucoup plus près de ce qui convient à ma taille. Ma tension artérielle moyenne est maintenant d’environ 117/77 mmHg.

Et je continue d’avancer.

Chaque année, je retourne voir mon ami cardiologue à son chalet du Mont-Tremblant. C’est ma façon de le remercier, bien sûr, mais aussi de me rappeler cette conversation et les objectifs que je m’étais fixés.

Pourquoi raconter mon histoire?

J’ai accepté de partager mon expérience parce qu’il y a sûrement, quelque part, quelqu’un qui se trouve aujourd’hui à son propre point de bascule.

Quelqu’un qui sait qu’il doit changer certaines choses, mais qui se demande encore s’il en sera capable.

Oui, les changements sont possibles.

Ils demandent de la volonté, évidemment. Mais j’ai surtout appris qu’il faut avoir une raison suffisamment importante pour vouloir persister. Un objectif que l’on peut voir devant soi lorsque les efforts deviennent plus difficiles.

Dans mon cas, ce sont d’abord mes petites-filles qui m’ont donné cette raison.

Pour certains, quelques changements dans les habitudes de vie peuvent déjà faire une grande différence. Arrêter de fumer, bouger davantage, mieux manger ou simplement prendre davantage soin de soi peut être un début.

Si cette histoire peut aider quelqu’un à commencer avant d’y être forcé, alors elle aura servi à quelque chose.

Je serai bientôt grand-papa pour une cinquième fois.

Je suis comblé.

Alors, doit-on attendre d’être devant le mur pour changer sa façon de vivre?

Poser la question, c’est déjà y répondre.