Différence entre les Nouveaux Anticoagulants Oraux (NACO) et le CoumadinTM

Différence entre les Nouveaux Anticoagulants Oraux (NACO) et le CoumadinTM

Certains problèmes de santé nécessitent la prise de médicaments pour « éclaircir » le sang. La fibrillation auriculaire et les remplacements valvulaires mécaniques sont parmi ces situations.

Éclaircir le sang veut dire que des médicaments, appelés anticoagulants, sont prescrits pour diminuer les risques de formation de caillots dans des circonstances qui la favorisent. On pourrait citer en exemple la présence de stagnation sanguine.

Vous aurez compris que cela n’a rien à voir avec la densité du sang, mais que certains identifient parfois par erreur comme étant un sang « trop épais ».

 

Plusieurs sortes d’anticoagulants

Un grand nombre de médicaments sont utilisés pour diminuer cette capacité du corps de former des caillots. C’est le cas des anticoagulants.

Ces médicaments peuvent être pris de différentes façons, soit par la bouche ou par injection sous-cutanée ou intraveineuse. Nous discuterons ici des anticoagulants pris par la bouche.

 

Différentes sortes d’anticoagulants oraux

Les anticoagulants sont divisés en deux catégories : les anticoagulants oraux directs (AOD), tels que le Xarelto™(rivaroxaban), l’Eliquis™ (apixaban), le Lixiana™ (edoxaban), le Pradaxa™ (dabigatran) et les anticoagulants anti-vitamine K, tels que le Coumadin™ et le Syntron™ (warfarine).

 

Des prises de sang régulières avec la warfarine (Coumadin™)

Pendant plusieurs années, la warfarine était le seul anticoagulant pouvant être pris par la bouche.

Des analyses de sang régulières sont nécessaires pour vérifier l’efficacité de la warfarine.

Les patients reçoivent leur résultat avec la mention de sang trop « clair » lorsque l’effet de la warfarine est trop prononcé par rapport à la norme, ou trop « épais » si l’efficacité est sous-optimale.

 

L’arrivée des AOD

L’arrivée de nouveaux anticoagulants oraux a révolutionné la façon de faire le suivi de leur efficacité. Ceux-ci ne nécessitent pas un suivi régulier à l’aide de prises de sang.

Plusieurs personnes se demandent pourquoi les gens traités avec des AOD n’ont pas à faire un suivi aussi élaboré, tel que des prises de sang fréquentes, que ceux qui sont traités avec le Coumadin™. Ce texte traite de cette question.

 

Comprendre la coagulation par un exemple

Lorsqu'on se coupe, notre plaie saigne, le sang s’écoule puisqu’il y a une brèche dans les vaisseaux sanguins. L’organisme lance un signal d’alarme, comme un appel 911, car l'ouverture doit être obstruée; sinon, il y a un risque d'hémorragie; c’est ce que fait la coagulation sanguine.

Regardons une partie du processus de coagulation afin de comprendre le fonctionnement des anticoagulants.

 

Les protéines sanguines servant à la coagulation

Le foie produit des protéines qui sont des facteurs de coagulation, lesquels font partie d'une cascade d’événements menant à la formation d’un caillot.

Le processus de coagulation sanguine se compare au jeu de dominos. Chaque pièce représente un facteur de coagulation. Un événement mène à la chute du premier domino, entraînant successivement les autres avec lui.

Les facteurs de coagulation sont ainsi activés les uns à la suite des autres et finissent leur effet domino en produisant de petits filaments qui s'assemblent et forment éventuellement un filet épais. Des éléments du sang, tels les plaquettes et les globules rouges, sont retenus par ce filet et créent un caillot.

 

Fonctionnement des anticoagulants

Les anticoagulants oraux sont utilisés pour diminuer la capacité du corps de former des caillots.

Le Coumadin™ est le seul médicament qui soit efficace dans le cas de certaines conditions médicales, telles que les remplacements valvulaires mécaniques, alors que d’autres peuvent être traitées avec les AOD ou le Coumadin™.

Chacun de ces 2 médicaments agit de façon distincte. Regardons cela.

 

Fonctionnement des anticoagulants à action directe

Les AOD produisent leur effet en bloquant l’action de certains facteurs de coagulation lorsqu’ils sont activés et en circulation dans le sang.

C’est comme s’ils bloquaient la chute des dominos; ce faisant, ils sont une entrave à la formation du filet.

Les AOD n'interviennent aucunement dans la quantité des facteurs de coagulation en circulation, mais plutôt dans leur action. Leur effet est donc beaucoup plus aisément prévisible que celui de la warfarine.

Des interactions entre certains médicaments et les AOD peuvent exister. Toutefois, puisque l'effet des AOD est facilement prévisible, un médecin ou un pharmacien peut contrer celles-ci, p. ex. en diminuant ou en augmentant la dose de l'un ou l'autre de ces deux médicaments.

 

Fonctionnement de la warfarine

Pour sa part, la warfarine, Coumadin™ et Syntron™, fonctionne différemment des AOD. Elle diminue le nombre de certains facteurs de la coagulation.

Le nombre de ces facteurs n'étant plus le même, le résultat final sur la production des filaments servant à la formation du caillot sanguin est variable.

La warfarine réussit à faire ce qui précède en se rattachant à une vitamine qui joue un rôle dans la fabrication de ces facteurs par le foie, soit la vitamine K. En d’autres mots, elle rend la vitamine K inutilisable pour la fabrication de ces facteurs.

L’action de la warfarine est donc en lien direct avec la quantité de vitamine K présente dans le corps.

 

Éléments qui peuvent avoir un impact

Voici une courte liste des éléments pouvant influer sur l’effet de la warfarine quant au nombre de filaments produits, lesquels contribuent à la formation d'un caillot sanguin.

 

  1. La vitamine K

Lorsque peu de vitamine K est disponible dans notre système, l’effet de la warfarine s'en trouve intensifié puisque ce médicament agit sur la quantité de vitamine K présente et empêche, en bonne partie, la production des facteurs de coagulation (sang trop « clair »).

Alors que quand la vitamine K existe en grande quantité, la warfarine ne peut pas réussir à empêcher son action sur la production des facteurs de coagulation et, en conséquence, l’effet de la warfarine est diminué (sang trop « épais »).

Il y a plusieurs sources de vitamine K :

  • par exemple, elle est en partie générée par certaines bactéries dans l’intestin. Ainsi, tout ce qui modifie la flore bactérienne présente dans les intestins (p. ex. diarrhée, prise d'antibiotiques, etc.) peut mener à une variation dans la quantité de vitamine K;
  • on en retrouve aussi dans de nombreux aliments, principalement dans les légumes verts. L’alimentation d’une personne étant difficilement toujours la même, on doit s’attendre à ce que l’effet de la warfarine varie.

 

  1. Les médicaments

Bon nombre de médicaments peuvent interagir avec la warfarine. À chaque début et fin de traitement ou modification du dosage d'un médicament, on peut noter une variation de l’effet de la warfarine, d’où l’importance d'effectuer un suivi médical rigoureux de la situation.

La combinaison de médicaments sur ordonnance, ceux qui sont en vente libre, incluant les produits de santé naturels, les produits homéopathiques et les herbes médicinales peut donner lieu à des interactions négatives dont celle d'altérer l'effet de la warfarine.

 

  1. Autres   

Plusieurs autres facteurs peuvent faire varier l’effet de la warfarine en causant des perturbations à divers niveaux. On peut nommer l'utilisation des produits du tabac ainsi que l’arrêt tabagique, la consommation d'alcool, la survenue d'un vomissement ou d'une diarrhée, etc.

 

Efficacité et sécurité

En bref, de très nombreux facteurs peuvent influencer l’effet de la warfarine, ce qui produit nettement moins souvent avec les AOD. On doit donc faire un suivi régulier de son effet afin de s’assurer de l’efficacité et de la sécurité de ce médicament.

Pour mieux s’y retrouver, prenons un exemple pouvant comparer l’action de ces 2 différents anticoagulants oraux.

 

Deux chemins pour se rendre à une même destination

Comme nous l’avons déjà mentionné, l’effet final de chacun de ces deux types d’anticoagulants oraux est similaire, soit d’« éclaircir » le sang, c’est-à-dire d'en arriver à une réduction de la quantité des filaments formant le filet du caillot sanguin.

Cependant, plusieurs éléments peuvent affecter l’effet du Coumadin™, mais pas celui des AOD en raison de leur façon de fonctionner qui n'est pas la même.

On peut comparer l’effet du Coumadin™ et celui des AOD à deux routes allant vers une même destination.

 

La route AOD

L’effet des AOD serait comme d'effectuer un trajet sur une route pavée, en ligne droite, sans trafic, par une journée ensoleillée.

La voiture arrive chaque fois à destination sans problème et prend toujours le même temps.

 

 

 

La route warfarine

L’effet du Coumadin™ ou du Syntron™ serait tel qu'atteindre cette même destination sous la pluie, sur une route où il y a des travaux.

Selon l’intensité de la pluie et l'envergure des travaux, la voiture pourrait devoir modifier sa vitesse et son trajet. Elle parviendra éventuellement à son point d’arrivée en y mettant un temps différent et ce, d’une fois à l’autre.

En d’autres mots, l'effet varie d’un individu à un autre et de jour en jour.

 

Vigilance requise

La destination sera atteinte dans les deux cas, mais le temps requis par les AOD sera chaque fois tout à fait prévisible alors que celui pris par le Coumadin™ sera plus variable.

De plus, l'anticoagulant Coumadin™ exige une très grande vigilance à cause de tous les facteurs qui perturbent son efficacité.

Tout en gardant à l'esprit l’exemple du chemin parcouru, on pourrait dire que la route du Coumadin™ demande que l'on porte une attention toute particulière aux panneaux de signalisation que sont les interactions possibles.

 

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En résumé, contrairement aux AOD, de très nombreux facteurs peuvent influencer l’effet du Coumadin™. La prise de Coumadin™ nécessite un contrôle sanguin régulier afin de s’assurer de l’efficacité et de la sécurité du médicament et d'en ajuster le dosage.

Avec les AOD, les prises de sang ne sont pas nécessaires puisque leur effet est stable, donc reproductible d’une personne à l’autre.

 

À lire: La pharmacologie des anticoagulants