Épisode 18: PREMIÈRE ANGIOPLASTIE CORONARIENNE PAR CATHÉTER BALLON

Épisode 18: PREMIÈRE ANGIOPLASTIE CORONARIENNE PAR CATHÉTER BALLON

Les images des artères coronaires obtenues à l’aide de la coronarographie ont révolutionné le traitement de la maladie coronarienne.

Celles-ci ont donné lieu à la naissance de la chirurgie de pontage, à l’émergence des unités coronariennes et au traitement par la thrombolyse.

 

Une autre découverte accidentelle

C’est tout à fait par accident que la première dilatation des artères coronaires ou angioplastie coronarienne a été effectuée. (Lire première coronarographie.)

 

Dr Charles Theodore Dotter

L’aventure de l’angioplastie coronarienne est due à un radiologue, le docteur Charles T. Dotter. Ce même médecin avait amené le concept de la visualisation des images des artères coronaires prises par rayons X en plaçant un cathéter à la base de l’aorte et en injectant un produit de contraste pour les observer d’une façon non-sélective.

Nous avons vu par la suite qu'un Dr Sones avait visualisé une artère coronaire de façon isolée lorsque son cathéter s'était positionné par inadvertance dans l'artère coronaire droite, donnant naissance à la première coronarographie sélective.

Or, le docteur Charles Dotter, alors âgé de 32 ans, est le plus jeune radiologue à être nommé titulaire de la chaire de radiologie de l'université de l'Oregon et des États-Unis en entier. Dr Dotter a, tout à fait par accident, complètement réouvert une artère partiellement occluse. Le cathéter qu'il utilisait pour faire l'angiographie de l'artère coronaire droite s'est engagé profondément dans celle-ci, réussissant ainsi le premier déblocage coronarien.

 

Dr Dotter et son résident, Dr Melvin Judkins, développèrent l’idée de déboucher les artères coronaires à l’aide de cathéters.

Le concept, d’abord appliqué dans les artères des jambes de cadavres, était de glisser des cathéters de dimensions progressives dans l’artère obstruée jusqu’à l’atteinte d’un résultat satisfaisant.

 

 

Mme Laura Shaw

La première patiente à bénéficier de cette nouvelle technique fut Laura Shaw. Mme Shaw, âgée de 82 ans et diabétique, présentait une circulation sanguine déficiente dans ses jambes.

Des ulcérations de gangrène étaient présentes et la seule option était l’amputation qu’elle s’entêtait à refuser. Son médecin, le Dr William Krippaehne, connaissant les travaux du Dr Dotter lui référa sa patiente.

Mme Shaw fut donc la première patiente à bénéficier de la dilatation artérielle de ses jambes avec succès. La circulation sanguine s’est normalisée aussitôt, amenant la cicatrisation des ulcères. Mme Shaw est décédée 3 ans plus tard de défaillance cardiaque, à l’âge de 85 ans. Elle se plaisait à rappeler à son médecin qu’elle était toujours capable de marcher sur ses deux jambes.

 

Dr Andreas Gruentzig

Le Dr Andreas Gruentzig, jeune radiologue de Zurich, en Suisse, tout à fait inconnu, fut inspiré par la technique du Dr Dotter lors d’un symposium sur la radiologie. Son ambition était d'améliorer la technique du Dr Dotter et de l’appliquer aux artères coronaires.

Dr Gruentzig est né en 1940, en Allemagne de l’Est, au milieu des bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. Orphelin de père du fait de la guerre, ses études le libéreront de la pauvreté. Il s’enfuit de l’Allemagne de l’Est à 17 ans avec son frère pour se réfugier à Heidelberg, en Allemagne de l’Ouest. Il est diplômé en médecine 7 ans plus tard; il choisit la radiologie et exerce cette spécialité à Zürich.

Après avoir fait un séjour à l'étranger pour maîtriser la méthode du Dr Dotter, il manigance son transfert en cardiologie pour s’approcher de sa nouvelle cible, la maladie coronarienne.

 

Des années de travail dans sa cuisine

Pendant plusieurs années, dans sa cuisine avec l’aide d’amis et de son épouse, il tente de mettre au point son idée d’écraser une plaque de cholestérol dans une artère coronaire à l’aide d’un ballonnet.

Le but visé était d'installer un ballonnet au bout d’un cathéter sur cette plaque, de le gonfler à forte pression pour l’écraser et, de cette façon, éliminer le rétrécissement de l’artère.

 

Échec du premier prototype

Le premier prototype est utilisé sans succès dans une artère d’un cadavre car, au premier gonflement, le ballonnet s’est rupturé. Tout est à reprendre!

 

Un peu d’aide enfin

Ses notes nous font savoir qu’un chimiste à la retraite, Dr Hopf, lui est venu en aide avec un produit : le chloride de polyvinyl, mieux connu sous l’abréviation de PVC.

 

Personne ne veut investir dans ce projet

Il tente vainement d’obtenir de l’aide de manufacturiers pouvant fabriquer ce cathéter à ballonnet. Personne ne semble partager sa vision et encore moins prêt à y investir de l’argent.

 

Persévérance devant l’adversité

Pendant 3 ans, il passe de défaite en défaite jusqu’à ce que son petit groupe finisse par mettre au point un cathéter à ballonnet que tout le monde prédisait qu'il n'y arriverait jamais.

 

Enfin, cela fonctionne chez le chien

Ses longues années de travail sont enfin récompensées. Il démontre qu’une dilatation coronarienne est possible chez le chien.

 

Mais il est boudé par ses confrères

Dans la même année, il est invité au 1976 American Heart Association Annual Meeting, à Miami, aux États-Unis. Il affiche les explications de sa méthode avec des photos d’artères coronaires prises aux rayons X, avant et après dilatation.

La plupart des participants l’ignorent. Ceux qui s'y arrêtent sont très sceptiques ou encore mentionnent que ça ne marcherait jamais chez l’humain.

 

Une lueur d’espoir

La bonne nouvelle dans tout cela est que des manufacturiers locaux acceptent de produire quelques cathéters à ballonnet.

Le Dr Richard Myler, de San Francisco et présent à ce congrès, y a vu un certain mérite. Il offre de faire une de ces dilatations coronariennes à son hôpital.

En mai 1977, les deux médecins effectuent la première angioplastie coronarienne chez l’humain sur un patient sous anesthésie générale pour une chirurgie de pontage coronarien.

Le Dr Myler n’aura pas le courage de faire le pas ultime, c’est-à-dire de permettre cette dilatation dans son laboratoire d’hémodynamie. Son enthousiasme est freiné par la crainte de répercussions négatives possibles.

 

De défaite en défaite, il garde son objectif!

Qu'à cela ne tienne, le Dr Gruentzig entre à Zürich plus déterminé que jamais à traiter son premier patient dans son laboratoire d’hémodynamie. C’est à croire que son carburant sont les embûches rencontrées tout au long de la concrétisation d’une vision lointaine.

 

M. Adolph Bachmann

En septembre 1977, Adolph Bachmann, un homme d'affaires de 37 ans, qui fume de 2 à 3 paquets de cigarettes par jour, semble être LE candidat parfait. Il présente une douleur à la poitrine progressant maintenant aux moindres efforts. La coronarographie démontre une courte lésion au début de l'artère coronaire dénommée « descendante antérieure ».

 

« Laissez ce jeune homme essayer sa technique »

Tout n’est pas encore gagné! Il faut faire autoriser cette procédure, une première mondiale, par les hautes autorités du centre hospitalier.

La réunion en ce sens ne se déroule pas très bien pour le Dr Gruentzig. Il semble que le « non » s’apprête à l’emporter. Cependant, tout juste avant la fin de cette réunion charnière, le Dr Ake Senning, leader respecté et l'un des pionniers de la chirurgie cardiaque reconnu internationalement, prend la parole : « Laissez ce jeune homme essayer sa technique ».

C'en était fait, le feu vert était donné. Mais le succès allait-il être au rendez-vous? Du moins, plusieurs spectateurs demeuraient sceptiques dont des chirurgiens cardiaques et des anesthésistes prêts à intervenir. La tension était palpable dans le laboratoire d’hémodynamie. Les 2 premiers cathéters à ballonnet, eux, ne voulaient vraiment pas collaborer et ont refusé de se gonfler.

La troisième tentative fut la bonne. Le ballon a bel et bien écrasé la lésion. La coloration de l'artère après 2 gonflements était quasi parfaite. Aucune complication, pas d’infarctus, d’arythmie ou de décès n’est survenu. L’électrocardiogramme sur le moniteur est demeuré normal. Rien, sauf une belle artère laissant maintenant passer tout le sang nécessaire au muscle du cœur adjacent.

Une première mondiale qui allait tout changer dans les soins aux patients souffrant d'une angine ou ayant subi un infarctus.

 

De zéro à héros

Le Dr Gruentzig est retourné au congrès annuel de l'American Heart Association, en 1977. Cette fois-ci, c’est dans la salle principale qu’il a présenté les images des 5 premières dilatations coronariennes. Son allocution a été interrompue par une ovation debout à la présentation du cinquième patient.

 

Il a passé de nombreuses années dans sa cuisine. Il a franchi toutes les étapes et résisté aux multiples opinions adverses :

            -          impossible à faire,

            -          et même à ça, ça ne fonctionnera jamais,

            -          puis, on a dit : je le savais dès le début que c’était une idée géniale.

Le Dr Gruentzig est décédé prématurément dans un accident d’avion avec sa deuxième épouse et leurs 2 chiens, en octobre 1985. Il avait 45 ans.

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